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Idées et actualités Numéro 5: Automne 2002

Pourquoi y a-t-il des règles de cour?


Par Gordon Turriff*

Les avocats qui sont aussi amateurs de base-ball aiment beaucoup un court article intitulé « Les origines en common law de la règle de la chandelle intérieure » [ 1 ]. On y examine l’évolution d’une règle qui empêche l’équipe défensive d’utiliser sa propre erreur intentionnelle pour effectuer un double jeu. Il fallait cette règle pour « préserver l’esprit du jeu » quand la « force morale » seulement ne pouvait garantir que les équipes jouent franc jeu.

Nos tribunaux ont des règles pour la même raison. Elles « régissent la pratique et la procédure » [ 2 ] des tribunaux parce que, sans règles, les gens ne se traiteraient pas nécessairement convenablement les uns les autres dans les procédures judiciaires. Cela vient de la nature humaine. La procédure est contradictoire et les parties sont des adversaires, et non pas des partenaires, dans la recherche de la vérité. Le sentiment d’injustice de chacun, ou la volonté de gagner, l’emporterait dans bien des cas sur l’altruisme. Sans les règles, le franc jeu se perdrait. Ainsi, comme les règles du base-ball qui déterminent, par exemple, quand un joueur peut être ajouté à l’alignement d’une équipe, ou ce qui arrive lorsqu’un lanceur lance délibérément la balle à la tête d’un frappeur, les règles de procédure ont été conçues pour indiquer aux parties comment se comporter de manière loyale.

À cette fin, ce sont littéralement des centaines et des centaines de règles qui ont été élaborées par les tribunaux afin de garantir l’exigence fondamentale que les parties à un litige doivent traiter leurs adversaires de façon loyale. Au début, les tribunaux ont établi des règles pour contrôler leurs propres procédures. Plus tard, d’abord en Angleterre dans les années 1830, les législatures ont apporté leur contribution. Les règles régissent maintenant chaque étape de la procédure et chaque aspect de la conduite des parties. Comment pourrait-il en être autrement ? Les tribunaux doivent conserver leur intégrité, encore plus que le base-ball. Il doit en être ainsi, puisque les tribunaux appliquent la justice. Ils ne doivent permettre à personne d’agir de façon déloyale. Et ils doivent être en mesure d’empêcher les gens d’utiliser la procédure judiciaire de façon abusive.

Les règles de cour, en particulier les règles établies par les législatures, qui doivent assurer aux tribunaux leur indépendance, ne sont pas un code complet de conduite dans les litiges [ 3 ]. Mais, peu importe qui les établit, les règles régissent les procédures devant les tribunaux, toujours avec un objectif ultime de loyauté. Les règles permettent de faire régner l’ordre de sorte que les étapes de l’instance se déroulent de façon logique. Les règles permettent aux tribunaux de condamner et de sanctionner les comportements abusifs. Un instrument utile pour lequel il existe de nombreuses petites règles est le pouvoir du tribunal d’ordonner que les dépens soient payés ou d’ordonner qu’ils ne peuvent être recouvrés. Les dépens constituent une contribution aux frais de procédures. La plupart des gens ont une conduite loyale s’ils savent qu’ils s’exposent autrement à des conséquences financières.

  1. (1975) 123 U. of Penn. L. Rev. 1474, à la p. 1476. Retour au texte

  2. I.H. Jacob, « The Inherent Jurisdiction of the Court » [1970] 23 Current Legal Prob. 23, à la p. 34. Retour au texte

  3. Ibid., à la p. 34. Voir aussi Baart v. Kumar (1985) 66 B.C.L.R. 61 (C.A.). Voir Brown v. Lowe (2002) 97 B.C.L.R. (3d) 246 (C.A.). Retour au texte

* M. Turriff est avocat chez Stikeman Elliott à Vancouver. Conseiller du Barreau de Colombie-Britannique, il est membre fondateur et directeur du British Columbia Law Institute et, depuis quinze ans, l’un des trois corédacteurs du British Columbia Annual Practice.