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Idées et actualités Numéro 5: Automne 2002

La production par voie électronique

Andrew C. L. Sims, QC

Il semble que l’idée de faire la production par voie électronique soit implantée. La plupart d’entre nous avons pris l’habitude de faire des courriels, voire dans ces cas-là, de mettre des fichiers en annexe. Alors pourquoi envoyons-nous toujours des messagers au palais de justice? Ne ferions-nous pas des économies si nous passions à la production électronique dès aujourd’hui? Bien sûr, ce changement ne se fera pas sans obstacles et sans défis.

La production par voie électronique sans qu’il n’y ait un « classeur électronique » pour les documents envoyés n’est ni plus ni moins qu’un transfert des coûts de la part des cabinets d’avocats au gouvernement. Le problème technologique n’est pas de faire parvenir des documents provenant de cabinets d’avocats au palais de justice, bien que cela pose certains défis. Il existe plusieurs difficultés pour mettre en œuvre la production électronique, que ce soit dans la pratique ou pour avoir une politique axée sur la technologie. La véritable question est de savoir comment organiser des palais de justice, dans lesquels le papier est roi, pour qu’ils puissent traiter les documents électroniques une fois qu’ils les ont reçus. Il n’est pas très logique, voire pas du tout, d’avoir un greffier assis devant un terminal d’ordinateur et qui imprime des documents seulement produits par voie électronique.

Pour que la production se fasse vraiment par voie électronique, il faut que les tribunaux aient un système informatisé de gestion des causes afin de pouvoir accepter et repérer tous ces documents électroniques. Le système ne doit pas seulement enregistrer d’où les documents proviennent et ce dont ils traitent, mais indiquer les mesures qu’ils préconisent ou empêchent. La plupart des documents déposés devant le tribunal visent à avoir des effets juridiques : faire annuler une demande, fixer une date ou se conformer à une ordonnance. Le système des gestion des causes doit, tout au moins, enregistrer tous ces événements. Il doit également rendre ces documents disponibles, le cas échéant, par exemple, devant le tribunal, ou lorsqu’un rôle est préparé.

C’est souvent le système de gestion des causes qui est la condition nécessaire et donc l’obstacle, à la production par voie électronique. Vous ne pouvez pas facilement vous procurer ces systèmes « clé en main », du moins pas pour répondre aux besoins complexes du tribunal. Même si vous le pouviez, il resterait encore beaucoup de travail à faire pour faire passer les processus du tribunal d’un système sur papier à un système qui utilise des transactions et des rapports électroniques, lorsque cela est possible, et non pas des documents traditionnels.

Les discussions sur la production par voie électronique achoppent très vite sur le débat connexe, mais pas indissociable, sur l’accès électronique. En tant que société, nous réagissons à l’accès accru à l’information, que la technologie permet, par une série de lois conçues pour protéger la vie privée. Si le fait de permettre la production par voie électronique signifie, entre autres, l’accès électronique aux dossiers du tribunal, il nous faut régler ces questions de protection de la vie privée.

Nous avons toujours eu une tradition d’audiences et de dossiers publics. Toutefois, du fait du manque de commodité, les dossiers judiciaires présentent peu de menace pour la protection de la vie privée, si ce n’est dans des affaires qui retiennent l’attention du public. L’accès électronique aux documents judiciaires pourrait donner lieu à une indexation au moyen d’engins de recherche et à l’accès gratuit à tout document, quelle que soit sa provenance. Les tribunaux qui ne souhaitent pas l’accès libre doivent adopter des politiques pour restreindre l’accès. Cet accès devrait-il être limité seulement aux plaideurs, à des abonnés sélectionnés ou à la consultation du rôle seulement, ou faut-il trouver une solution intermédiaire? Le travail technique devient plus complexe, et les questions de sécurité plus difficiles, selon le choix qui est fait au plan de la politique à établir.

Ce qui nous amène au point suivant dans le débat – Qui devrait exploiter le portail de production par voie électronique? La production par voie électronique offre un potentiel commercial très important. Les frais à verser pour chaque transaction peuvent être peu élevés, mais le potentiel de volume est élevé. Les grands éditeurs électroniques sont impatients de se lancer dans le domaine. C’est là un service de plus pour attirer les visiteurs sur leur site Web ou dans leur base de données. Les entreprises qui fournissent des logiciels d’aide aux litiges ou d’entreposage de documents pour les cabinets d’avocats sont aussi des candidates. Cela fait naître d’autres débats de principe – La production par voie électronique devrait-elle être exploitée par un fournisseur unique de services aux tribunaux, ou chaque entreprise devrait-elle être autorisée à agir comme « messager électronique pour le tribunal »? S’il existe un élément de monopole, quels frais devrait-on facturer pour l’accès à l’ « autoroute à péage électronique »?

Une question plus terre-à-terre sur la production par voie électronique est celle du format des fichiers. Les documents sur papier respectent les normes de mise en page imposées par les règles de cour, et les photocopieurs produisent des copies relativement uniformes. Les formats des fichiers électroniques ne sont pas tout à fait compatibles entre eux, et différents formats sont utilisés actuellement. Comment peut-on concevoir un système de production par voie électronique qui permette à des documents électroniques uniformes d’arriver au palais de justice, quand on sait que les avocats et autres utilisateurs utilisent une grande variété de logiciels, de versions et de types fichiers? Par le passé, la solution a été de prendre le plus petit commun dénominateur, en utilisant des langages comme « Plain Jane », « ASCII » ou « .rtf (rich text format) » qui est légèrement plus avancé. Toutefois, aucune de ces solutions n’est satisfaisante, surtout à cause des différences de caractères entre le leader du marché, Microsoft Word, et le logiciel favori des secrétaires juridiques, WordPerfect.

Une solution plus récente a été de convertir le fichier qui est utilisé chez l’utilisateur dans un format de fichier standard qui aura le même aspect et qui s’imprimera de la même façon sur tout ordinateur. Le format le plus populaire pour cela est Adobe Acrobat. Pour un certain nombre de transmissions par voie électronique, il faut envoyer le fichier par l’intermédiaire d’un fournisseur de services, lequel, moyennant des frais de transaction, convertira le format de fichier utilisé au point d’origine en Acrobat .pdf (portable document format) pour l’envoyer au palais de justice. Ce système permet de garder le même style, les mêmes caractères et la même pagination que l’original. De ce fait, les utilisateurs individuels comme des juges, et des tribunaux, peuvent n’imprimer que les pages dont ils ont besoin, en conservant le reste dont ils n’ont pas besoin sur papier, sous format électronique seulement.
La transmission ou la « production par voie électronique » de documents ne consiste toutefois pas dans le simple fait d’envoyer une copie électronique d’un document papier. Il y a deux aspects dans tout document. Son contenu mais aussi sa description. La description de document comprend sa source (le nom du cabinet d’avocats), son numéro d’action, sa date, son intitulé de cause, entre autres. Dans le jargon des fichiers électroniques, tout cela constitue des « métadonnées ». Pour qu’un système de gestion des causes puisse accepter un document produit par voie électronique, il faut qu’il y ait ces métadonnées. C’est ce qui indique automatiquement au système où le document doit être placé, ce qu’il doit en faire et les actes qui doivent en découler.

Des systèmes de production par voie électronique sont actuellement en cours d’élaboration avec la nouvelle technologie XML qui acceptera un document électronique et l’« insérera » dans une enveloppe de métadonnées. Essentiellement, à l’aide de votre navigateur, vous remplissez une formule décrivant le document (c’est-à-dire la saisie des métadonnées) et vous ajoutez ensuite un fichier en annexe. Votre navigateur prend ces données et les rassemble dans un seul fichier. Le fichier de transmission comprend les métadonnées dans un format que la base de données du tribunal peut lire, et le fichier joint peut faire l’objet d’un classement, peut-être après une conversion automatique dans un format de fichier courant. Le document lui-même est appelé « BLOb », abréviation peu flatteuse en anglais pour « objet binaire de grande taille ». Un avantage important de ce système est qu’il peut s’adapter à divers types de fichiers ou de BLObs, notamment les fichiers sonores, vidéos et autres. Cette capacité constituera un élément important au fur et à mesure que le type d’articles en jeu dans la production devant les tribunaux s’étendra à des éléments, comme des documents scannés, des présentations, de la preuve par vidéo, entre autres.

C’était là un bref exposé pour montrer certains des défis que pose la production par voie électronique et expliquer pourquoi il ne s’agit pas simplement d’envoyer des fichiers en annexe. Toutefois, il ne faudrait pas décourager son développement. La technique fonctionne bien dans bon nombre de ressorts où elle offre de la commodité et permet une économie de coûts, tant pour les tribunaux que pour les plaideurs. Pour avoir des exemples, consultez les liens à ces deux sites Web www.ncsc.dni.us/NCSC/TIS/TIS99/ELECTR99/Efilinglinks.htm et www.wendytech.com/efilingprojects.htm#selectedwebsites Nous avons bien survécu à la disparition des rubans rouges sur les mémoires des avocats, et nous survivrons et prospérerons dans la nouvelle ère des procédures judiciaires sans papier. Faites votre production par voie électronique et prospérez.

Andrew Sims est avocat en exercice à Edmonton et directeur du Sims Group, un cabinet d’experts-conseils au service des tribunaux. Il sera le chroniqueur d’une nouvelle rubrique consacrée à la technologie et aux tribunaux.