LAPPRÉHENSION DU CONFLIT
EN MATIÈRE DE
MÉDIATION ET DE CHARTE : UN SURVOL COMPARATIF
Par
Emmanuelle Faulkner
et
Ève Bédard
Faculté de Droit
Université de Sherbrooke
Mardi 12 juin 2001
TABLE DES MATIÈRES
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Introduction .. |
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Les processus de règlement des différends . |
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A. Lappréhension du conflit en médiation |
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1. La médiation .. |
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2. Le conflit . |
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a) Définition juridique |
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b) Définition élargie dans le contexte de la médiation |
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B. La Charte canadienne des droits et libertés . |
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1. La Charte en général . |
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a) Son interprétation |
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b) Lélargissement de la notion de conflit dans le contexte de la Charte et lassouplissement possible des règles de preuve . |
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2. Les articles 15 et 1 de la Charte |
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a) Linterprétation contextuelle du droit à légalité selon larticle 15 . |
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b) Linterprétation contextuelle de larticle premier .. |
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C. Lappréhension du conflit en médiation et selon la Charte . |
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1. Similarités et disparités dans lappréhension du conflit |
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a) Les parties au conflit ... |
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b) Linformation traitée ... |
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c) Le mode de communication |
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2. Discussion sur les conclusions que lon peut tirer de ce rapprochement . |
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a) Le processus de règlement des différends ... |
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b) Le rôle du juge et du médiateur .. |
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c) Le caractère public de la Charte .. |
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d) Interprétation évolutive de la Charte : équité et justice |
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Conclusion . |
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Bibliographie . |
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INTRODUCTION
Il arrive que lorsquun conflit émerge entre deux ou plusieurs individus, ou entre un individu et lÉtat, un processus de règlement des différends se mette en branle. La cause est alors portée devant les tribunaux afin quun juge rende une décision judiciaire devant régler le problème. Chacune des parties ayant des arguments à faire valoir et des intérêts différents à faire respecter, le traditionnel recours au système judiciaire est souvent frustrant. Aussi bien la norme substantive que la procédure doivent être respectées dans notre système de justice contradictoire, ce qui fait en sorte quon néglige souvent les intérêts, valeurs et caractéristiques de chacune des parties.
Heureusement, certains modes de règlement des différends ont pour effet délargir la notion de conflit, permettant ainsi de prendre en considération des éléments propres à chaque situation en sadaptant aux caractéristiques individuelles des parties au litige. Cest le cas du processus de médiation et de ladjudication des litiges en matière constitutionnelle, qui se situent tous deux quelque peu en marge du système traditionnel de justice civile.
Notre étude portera principalement sur la notion de conflit telle que perçue dans ces deux processus. Tout dabord, nous décrirons la façon dont la médiation appréhende le conflit, selon certains types de médiation, et en quoi cette appréhension se trouve élargie par rapport à celle du système judiciaire. Ensuite, nous étudierons lélargissement de la notion de conflit dans le contexte de la Charte canadienne des droits et libertés, plus particulièrement des articles 1 et 15. Une analyse des similarités et disparités entre le processus de médiation et celui des litiges constitutionnels suivra, et nous conclurons par une discussion sur le rapprochement possible entre ces deux modes de règlements des conflits.
Les processus de règlement de différends
La médiation fait partie de ce que lon appelle les modes ou les processus de règlement des différends. Les auteurs de la littérature dans ce domaine ont des visions différentes dappréhender les modes de PRD. Certains les voient comme des modes alternatifs aux modes de résolution des conflits traditionnels, tandis que dautres y voient ´ une autre justice ª, un processus de règlement des différends autonome. Le pluralisme des systèmes de régulation sociale, la coexistence de nouveaux modes de règlement, ´lémergence dun autre modèle de règlement des conflitsª qui fonctionne en parallèle à ce qui existe déjà, font partie des nombreux thèmes abordés. Une auteure propose ´ quil faudrait persister dans lintégration de la médiation, même si le processus judiciaire nétait ni surchargé, ni lent, ni coûteux ª. Dans ce sens, les PRD sont des processus qui appréhendent largement le conflit. Cest dans le cadre de cette conception des modes de PRD que nous aborderons leur étude, car la vision large quelle propose permet de les analyser dans leur globalité complexe sans freiner ou limiter les possibilités quils proposent.
Les modes de PRD incluent notamment la négociation, la médiation et larbitrage. La négociation est la méthode de règlement la plus souvent utilisée. Elle se pratique sur une base volontaire entre les parties Larbitrage, par contre, consiste plutôt en un processus tripartite privé dans lequel un intervenant neutre vient rendre une décision qui, la plupart du temps, lie les parties et est déjà très légalement encadré.
Se trouvant entre la négociation et larbitrage, la médiation est plus formelle que la négociation, est non décisionnelle, se pratique régulièrement de façon plutôt instinctive, tout en étant plus souple et flexible que larbitrage. Nous avons choisi de concentrer notre étude sur la médiation, parce quen utilisant les avantages de ces deux autres modes de PRD, elle permet délargir les possibilités des parties en proposant une appréhension plus large de la notion du conflit, tout en rendant possible sa définition dans un certain cadre législatif.
La médiation est le mode de PRD qui est en plus grande croissance de popularité. Bien quétant une façon de régler les conflits qui existe depuis des centaines dannées et qui est utilisée dans toutes les cultures du monde, cela ne fait que quelques années quon létudie en termes de mode autonome de règlement de différends. On ne fait plus que percevoir ses bienfaits de façon instinctive et primitive. La littérature lanalyse, tente de qualifier ses effets et ses impacts, de définir la place quelle a ou quelle devrait avoir dans la société, sa raison dêtre ou de devenir, ses possibilités et ses limites, etc. Les sujets détudes sont abondants et les tentatives de définir la médiation et de circonscrire ses paramètres aussi nombreuses que les auteurs qui traitent de ce sujet.
La médiation peut entre autres être définie comme étant un processus de négociation par lequel, lorsque survient un conflit, les parties font volontairement appel à un tiers neutre et impartial qui les aide à communiquer afin quelles en arrivent à une entente globale (qui elle aussi revêt un caractère volontaire) qui règle le conflit immédiat et qui prévient les litiges futurs entre elles. Elle appartient fondamentalement à la négociation et , selon certains auteurs, ´ constitue le modèle type dont dérivent toutes les autres méthodes de règlement amiableª. Les différentes définitions qui sont proposées par les auteurs mettent lemphase soit sur le processus de négociation lui-même, le caractère volontaire de lentente, le rôle du médiateur (tiers impartial) ou lobjet de la médiation.
Le processus. Il comporte plusieurs phases, dont celle de léchange dinformation, celle de lidentification des besoins, intérêts, valeurs, priorités, etc. et finalement celle de la résolution du problème. Thibault parle aussi de la ´ phase de rapprochement ª. Cest en outre lors de cette phase que lon peut remarquer un élargissement de lappréhension de la notion du conflit parce que des éléments, qui ne sont pas utilisés dans le cadre de la justice traditionnelle, sont alors pris en considération.
Tiers impartial. Il est neutre et impartial dans le sens où en médiation, le médiateur doit être interventionniste mais favoriser un processus neutre et impartial. Il a différentes aptitudes tout dépendant du type de conflit que lon tente de résoudre et de la façon dont on conçoit la médiation. Par exemple, si le médiateur agit dans une médiation dont on conçoit quelle promulgue des normes le médiateur devra connaître les normes sociales et légales en jeu afin den informer les parties. De plus, il facilite la négociation en aidant les parties à communiquer entre elles et en leur procurant (dans certains types de médiation) des informations. Il na aucun pouvoir décisionnel, il ne rend donc pas de décision.
Entente volontaire. Ce sont les parties qui décident dutiliser la médiation pour régler leur conflit. Elles sont responsables du contenu de lentente quelles parviennent obtenir, mais ne sont pas liées par le processus médiation et peuvent sen dégager quand elles le veulent.
Objet. Sans être ´ classifiée ª, divers types de médiation sont développés autour de leur objet premier. Les objets de la médiation peuvent être identifiés, entre autres, comme étant les intérêts et besoins, les valeurs ou les normes. Cest à laide de lobjet dintervention de la médiation que nous allons tenter de circonscrire les plus importants types de médiation.
La vision de la médiation dont nous traiterons, dans le cadre de cette analyse, est celle qui sintéresse davantage aux normes et aux valeurs parce quelle permet de faire des liens avec lautre objet de notre étude comparative, la Charte canadienne des droits et libertés, et de comparer lobjet de notre étude, lappréhension du conflit, avec ces deux modes de règlements des différents.
Waldman, a traité spécifiquement de ce sujet. Elle propose en effet que la méditation doit être définie par rapport au rôle plus ou moins important que jouent les normes sociales et les ententes. Les solutions créées peuvent, dans différentes circonstances, créer des normes, tenir compte des normes ou être encadrées par des normes.
Par ailleurs, selon Bonafé-Schmitt, il faudrait plutôt donner aux normes une forme évolutive, en reconnaissant les règles de comportement inhérentes à la structure de la médiation, qui permettrait de créer un droit vivant et évolutif, plutôt quadhérer aux normes légales qui sont fixes et ne tiennent pas toujours compte du contexte. ´ En effet, la reconnaissance des structures de médiation comme fait normatif implique que lon admette que les accords puissent régler les rapports entre les parties dune manière différente de la législation en faisant appel aux règles déquité, aux pratiques locales qui peuvent être assimilées en raison de leur constance comme des règles juridiques de nature coutumière ª.
Cest lorsque survient un conflit entre des personnes que les modes de règlement des différends prennent tout leur sens. Selon les auteurs Brown et Marriott, le conflit nest problématique que lorsquil quil devient dysfonctionnel. Les parties ont alors le choix dignorer le conflit, de le soumettre à la justice traditionnelle ou de le régler par un mode de PRD. Cependant, la justice traditionnelle et les modes de PRD nappréhendent pas le conflit de la même façon. La justice traditionnelle cerne le conflit dune façon beaucoup plus hermétique que la méditation en admettant des faits selon des règles de procédure, à des normes juridiques bien précises. La médiation est beaucoup plus souple dans sa façon dappréhender le conflit entre autres parce que les parties ont loccasion de sexprimer de façon plus libre. Mais avant daborder certaines différences dans lappréhension du conflit de la justice traditionnelle et de la médiation, nous allons tenter de définir le conflit.
Selon sa définition la plus commune, le conflit est une ´ rencontre déléments, de sentiments contraires qui sopposent ª. Le même conflit peut prendre une voie juridique si on le définit ´ en se référant à des règles de droit qui fondent les positions de chacun ª et une voie médiatrice sil ´ fait lobjet dune autre traduction, dun autre traitement qui tend, au contraire, à faire fondre les positions, à découvrir, derrière des intérêts contradictoires, ce quil y a dintérêt commun à sentendre et à trouver ensemble une solution ª. Ces définitions du conflit proposées par la justice traditionnelle et les modes de PRD ont aussi une conception dichotomique du rôle des parties au conflit. La justice situe lHomme par rapport à ce quil est et ce quil a fait et la médiation se rattache à une toute autre conception où chacun est ce quil est en rapport avec lautre. Lappréhension de la notion de conflit qui est proposée par la médiation a le potentiel de sécarter de lappréhension quen fait la justice traditionnelle.
Lorsque lon dit que la notion de conflit est élargie dans le contexte de la médiation, cest quon la compare à sa définition juridique traditionnelle. Le mode communicationnel propre aux tribunaux, linformation qui y est transmise, la procédure qui lencadre, le rôle de lintervenant, le rôle des parties sont autant de paramètres qui font du conflit un lieu étroitement circonscrit.
Dans le contexte de la médiation, le conflit est redéfini. Il prend une toute autre couleur notamment en raison de la flexibilité et de la souplesse des procédures qui permettent aux parties daller bien au-delà de ce que le système de justice traditionnel autorise. Lapproche propre à la médiation vise plutôt à mettre les parties en conflit en communication afin quelles sexpriment et permet dadmettre des éléments comme les intérêts, valeurs et perceptions des parties qui autrement ne seraient pas admis.
Cette façon qua la médiation dappréhender le conflit nest pas sans comparaison possible avec la justice que lon connaît mieux, celle des tribunaux. Bien que la justice traditionnelle ne permette pas de voir le conflit dans sa globalité et sa complexité, la justice constitutionnelle qui est issue de la Charte ny est pas complètement inconnue. En effet, linterprétation que fait les tribunaux de Charte élargit la notion de conflit dune façon comparable à la médiation.
Il est bien connu quen matière de litige constitutionnel, linterprétation dun acte aux fins dévaluation au regard de la Charte nécessite la prise en compte de nombreux facteurs, tels le but de la Charte et de la disposition législative contestée ainsi que ses effets et conséquences possibles sur les personnes visées. En effet, la Cour suprême du Canada a à maintes reprises répété que les droits et libertés protégés par la Charte devraient être interprétés de façon large et libérale, autrement dit selon une approche téléologique. La Charte étant rédigée en termes généraux, une interprétation littérale nest pas suffisante. Selon Pierre-André Côté, ´ une rédaction en termes généraux peut rendre plus facile la connaissance de la finalité de la loi, de sa structure, de ses principes et elle fait appel pour son application, à une collaboration plus large du juge, cette collaboration accentuant limportance de lobjet ª.
Le contexte factuel propre à chaque revendication occupe une place importante dans le processus dadjudication des litiges constitutionnels puisque quil servira à définir les droits garantis par la Charte et permettra de trancher soit en faveur des droits individuels, soit en faveur des intérêts plus larges de la société en général. Les faits contextuels nécessaires à la détermination de la validité constitutionnelle dune loi sont dits des faits législatifs, par rapport aux faits adjudicatifs, qui sont les éléments constitutifs du litige. Ces faits législatifs sont à la base de la méthode dinterprétation propre à la Charte. Nous démontrerons plus loin que la méthode dinterprétation dite contextuelle est particulièrement importante lors de lanalyse de la restriction dun droit sous larticle 15 de la Charte et de sa justification sous larticle 1, et quelle peut aussi mener le tribunal à prendre connaissance doffice de faits sociaux pertinents en contexte constitutionnel.
En matière de droits et libertés, linterprétation particulière que doit recevoir la Charte a pour conséquence lélargissement de la notion de conflit. Le tribunal, lorsquil est appelé à statuer sur la constitutionnalité dune disposition législative, prend en considération un éventail plus large de facteurs que lorsquil sagit dun litige ordinaire.
Afin dexpliciter une loi, de cerner lobjectif quelle poursuit, dévaluer ses effets ou danalyser sa rationalité, les tribunaux, dans lexercice de leur fonction normative, devront souvent tenir compte des faits économiques et sociaux pertinents, prouvés ou non. Certains auteurs souhaitent que les tribunaux prennent connaissance doffice de ces faits sociaux de façon plus élargie en assouplissant les règles de preuve à leur égard, surtout en matière constitutionnelle. Ainsi, les parties à un litige constitutionnel complexe nhériteraient pas dun fardeau de preuve trop lourd et trop coûteux qui risquerait de les empêcher de faire valoir efficacement leurs intérêts.
Ces faits sont aussi utiles pour déterminer dans quel contexte une disposition législative a été adoptée. Par exemple, dans le Renvoi anti-inflation, la Cour suprême a accepté de prendre connaissance doffice de faits économiques démontrant que ladoption de la Loi anti-inflation était justifiée dans le contexte dinflation qui, selon le législateur, prévalait à lépoque. La Cour suprême a aussi recouru à la connaissance doffice, lors de lanalyse de la justification dune atteinte à un droit garanti par la Charte en vertu larticle 1, pour conclure à limportance des objectifs poursuivis par le législateur.
Le droit à légalité est un parfait exemple dapplication de la méthode dinterprétation contextuelle. Dans larrêt Law c. Canada (Ministère de lEmploi et de lImmigration), la Cour Suprême du Canada a adopté une démarche contextuelle afin dinterpréter larticle 15. Après avoir étudié et synthétisé la jurisprudence antérieure, la Cour a reformulé les critères à analyser pour déterminer sil y a discrimination. On doit maintenant se poser trois questions afin de déterminer sil y a eu atteinte au droit à légalité en vertu du par. 15 (1) :
motif analogue ?
3) Le règlement en question a-t-il un objet ou un effet discriminatoires au sens du droit à
légalité ? Est-ce quon impose un fardeau supplémentaire à la demanderesse ou la prive dun avantage en raison de cette distinction, portant ainsi atteinte à sa dignité humaine ?
Cest surtout à la troisième étape de cette analyse que lélargissement de la notion de conflit se fait ressentir. La partie demanderesse doit alors démontrer que la différence de traitement, bien quelle soit basée sur un motif de distinction prohibé à larticle 15 ou sur un motif analogue reconnu par la jurisprudence, est bel et bien discriminatoire. En effet, le plaignant doit ´ démontrer non seulement quil ne bénéficie pas dun traitement égal devant la loi et dans la loi, ou encore que la loi a un effet particulier sur lui en ce qui concerne la protection ou le bénéfice quelle offre, mais encore que la loi a un effet discriminatoire sur le plan législatif ª. Pour être qualifiée de discriminatoire, une disposition législative doit porter atteinte à la dignité humaine de la personne visée. En effet, le but de larticle 15 et du droit à légalité, tel que défini par la Cour suprême du Canada, est dempêcher que lon porte atteinte à la dignité humaine en désavantageant ou en défavorisant des individus pour motif quune ou plusieurs de leurs caractéristiques personnelles les rend moins capables, moins importants, moins dignes dêtre reconnus, respectés ou valorisés dans la société.
Vu que le fardeau de prouver la violation du droit à légalité garanti à larticle 15 repose sur le demandeur, la perspective appropriée pour conclure à lexistence ou non dune telle atteinte à la dignité humaine est celle du demandeur en question. Lanalyse contextuelle se fera donc du point de vue de celui-ci, en tenant compte, notamment, de la préexistence de stéréotypes ou désavantages préjudiciables subis par la personne, de ses besoins et de ses capacités, facteurs qui ne sont pas aussi pertinents dans le cadre dun litige ordinaire.
Par exemple, si une personne se trouve déjà dans une situation vulnérable ou injuste à cause de certaines caractéristiques qui lui sont propres, et quau surplus une disposition législative fait en sorte quelle subit une différence de traitement supplémentaire, le tribunal accordera une plus grande importance à ce facteur. Cest ainsi que dans le passé, la Cour suprême a tenu compte de la situation de vulnérabilité dans laquelle se trouvent déjà les homosexuels pour déterminer sil y avait discrimination à leur égard. Par ailleurs, les besoins et capacités dune personne sont aussi des indices à considérer afin de déterminer si la différence de traitement correspond à la situation réelle de la personne visée. Le fait dêtre atteint de surdité, dêtre un membre hors réserve dune bande indienne, de résider au Canada sans avoir la citoyenneté canadienne, de vivre en union de fait plutôt que dêtre marié ou dêtre un parent gardien séparé ou divorcé sont autant de caractéristiques intrinsèques à la personne qui aident à établir sil y a discrimination ou non et qui, par le fait même, élargissent la notion de conflit en matière constitutionnelle.
En vertu de larticle 1 de la Charte, lorsquil a été prouvé quune règle de droit va à lencontre des droits et libertés dune personne, il y a renversement du fardeau de preuve et cest alors au législateur de démontrer que cette atteinte est raisonnable et quelle peut se justifier dans une société libre et démocratique. Le tribunal analyse la restriction dun droit au regard du test élaboré dans larrêt Oakes, qui nécessite lui aussi une approche contextuelle qui tiendra compte des valeurs qui sous-tendent la Charte ainsi que des intérêts collectifs et individuels qui devront être pondérés.
Tout dabord, les objectifs poursuivis par le gouvernement doivent se rapporter à des ´ préoccupations urgentes et réelles ª, ce qui force la partie qui invoque larticle premier à étaler les raisons qui lont motivée dans lélaboration de la règle de droit. Les motifs politiques, économiques et sociaux invoqués par le législateur devront être prouvés afin de cerner lintention première quil avait au moment de ladoption de la loi.
Ensuite, il doit être démontré que la règle de droit respecte un critère de proportionnalité, cest-à-dire que les intérêts de la société que vise à protéger le législateur peuvent raisonnablement et rationnellement empiéter sur les intérêts individuels. On cherchera alors un lien rationnel entre les moyens choisis pour atteindre lobjectif poursuivi, moyens qui doivent le moins possible porter atteinte au droit protégé par la Charte, et on sassurera que les effets sont proportionnels à lobjectif.
Plusieurs faits législatifs devront donc faire lobjet dun jugement de valeur lors dune analyse relative à la justification dune atteinte à un droit ou une liberté garanti par la Charte. Les tribunaux héritent dun large pouvoir dinterprétation et dappréciation relativement à ces faits, ce qui mènent inévitablement à un élargissement de la notion de conflit.
Le rapprochement que nous allons tenter damorcer entre lappréhension de la notion de conflit en matière de Charte et en matière de médiation nous permet de constater que dans ces modes de règlement de différends, le conflit est traité dans des dimensions plus larges que ne le rend possible la justice traditionnelle. La comparaison entre la médiation et la Charte permet de mettre en lumière les aspects bénéfiques qua une large appréhension de la notion de conflit, mais ne permet pas nécessairement de faire des conclusions quant à lopportunité dimplanter la médiation comme processus de règlement de conflits issus de la Charte. Effectivement, malgré le fait que certains éléments de la notion de conflit se rencontrent, il reste tout de même des incompatibilités.
La Charte canadienne des droits et libertés et la médiation permettent dappréhender le conflit dune façon plus large que ne le fait la justice traditionnelle. La médiation prend en considération des éléments qui seraient autrement exclus et la Charte, qui protège, en termes de droit généraux et abstraits, trois valeurs fondamentales pour lêtre humain, soit la liberté, légalité et la justice, qui rendent inévitable linterprétation contextuelle et large de ces notions fondamentalement humaines. Nous allons faire un rapprochement entre la notion de conflit des deux modes de règlement en traitant de la façon dont ils considèrent la personne, les différentes informations qui sont véhiculées dans chaque processus, et le mode de communication quutilisent la méditation et la Charte.
Comme nous lavons dit précédemment, la médiation permet aux parties davoir une plus grande implication dans la gestion de leurs conflits et dêtre considérées comme des humains avec des besoins et des problèmes, des émotions et des sentiments. La médiation humanise le conflit et le situe dans son contexte relationnel en recherchant ses causes profondes.
La Charte a un effet similaire parce quelle protège essentiellement les droit et libertés de chacun. Pour arriver à protéger ces droits, ils doivent être préalablement définis et mis dans leur contexte. Plus particulièrement en matière de discrimination, larticle 15 force les tribunaux à considérer les caractéristiques personnelles de la personne qui allègue la discrimination, entre autres lorsquil est question de sa dignité humaine.
La Charte et la médiation voient les parties dans un contexte plus large et ne les définissent pas strictement en fonction de la loi. Le fait que lon tienne compte dun contexte plus large dans les deux cas élargit la portée de la notion de conflit.
La médiation permet aux parties dobtenir des éléments quil leur serait impossible davoir par les moyens de preuve traditionnels. Les parties ont loccasion de communiquer leurs besoins et intérêts, leurs sentiments, leurs désirs et leurs émotions. Ce sont des informations qui ne sont habituellement pas jugées admissibles dans la justice traditionnelle, mais qui font intégralement partie du conflit. Cela est entre autre dû à la liberté procédurale de la médiation.
Ladjudication des litiges en matière constitutionnelle permet aussi de prendre en considération plus dinformation que la justice traditionnelle. En effet, bien que la théorie de la connaissance doffice trouve application dans la justice traditionnelle, elle occupe une place toute particulière dans les matières constitutionnelles, notamment celles concernant la Charte. Dans ces cas, il est possible que les tribunaux prennent en considération des faits économiques et sociaux pertinents et prennent connaissance doffice de faits sociaux de façon plus élargie en assouplissant les règles de preuve à leur égard. Notamment, en vertu de larticle premier, plusieurs faits législatifs devront faire lobjet dun jugement de valeur et lapproche contextuelle utilisée fera en sorte que les intérêts collectifs et individuels seront pondérés.
Sur linfluence de ces valeurs, lauteur Huppé a écrit que :
[p]ar un processus de déduction, les tribunaux peuvent sinspirer de cet objectif [engagement des institutions canadiennes, y compris les institutions judiciaires, envers le caractère libre et démocratique de la société canadienne] dans linterprétation des dispositions qui leur laissent une large discrétion. De cette façon, lorientation des valeurs et des politiques judiciaires est donnée par une source extérieure, la Constitution. Lapport des tribunaux consiste dès lors à consacrer leur compétence, leur discernement et leur sens politique à mettre en uvre cette orientation qui leur est donnée par la Constitution .
Et plus loin, il précise que :
[b]ien que la portée de ces valeurs et de ces principes fondamentaux soit également indéfinie, et donc quils soient aussi susceptibles dinterprétation, ils contribuent néanmoins à fournir un encadrement additionnel à la décision judiciaire. Par définition, ces valeurs et ces principes nimposent pas un résultat unique à la solution des litiges; ce nest dailleurs pas ce que lon attendre de telles valeurs et de tels principes fondamentaux. Ils laissent place à la création du droit par les tribunaux .
Aussi, tant en matière de Chartes quen médiation, les règles assouplies permettent dinclure dans la notion de conflit un plus grand volume dinformation que dans le système traditionnel de justice.
En médiation, le mode de communication est informel et orienté sur la communication entre les parties. Les parties ne sont pas en opposition, mais travaillent conjointement pour en arriver à une entente. Les parties peuvent échanger leurs points de vue sans craindre de se faire interrompre par lautre partie. Il sagit dun mode de communication plus consensuel que conflictuel et cela contribue à élargir la notion de conflit et permet de préserves les relations entre des parties qui sont en relation continue.
Ce nest toutefois pas le cas en qui concerne la Charte. Le mode de communication quelle emprunte est celui de la justice traditionnelle. Il met en opposition les parties au conflit et on y retrouve inévitablement un gagnant et un perdant. Le rapport entre les parties est conflictuel et mal adapté au cas où les parties auraient des relations qui se continueraient au-delà du conflit.
Sur ce point, la façon quont la médiation et la Charte dappréhender le conflit ne se rencontrent pas. La médiation tient compte des rapports sociaux entre les parties en les faisant communiquer ensemble, tandis que le mode de communication que la Charte emprunte à la justice traditionnelle les met en opposition, les échanges dinformation entre elles se faisant par lintermédiaire dun tiers, soit le juge.
Il y a donc un parallèle à faire entre lappréhension de la notion de conflit en matière de Charte et en médiation. Mais, loin de nous lidée de faire de ce rapprochement un terrain pour lintégration de la médiation en matière de Charte. Au contraire.
Le processus de règlement de différends inhérent à la médiation nest pas étranger au processus des tribunaux qui règlent des conflits issus de la Charte des droits et libertés, notamment en matière de discrimination.
La médiation, comme nous lavons vu, est un mode privé de gestion des différends. Les parties choisissent de se faire aider par un médiateur pour régler leur conflit et les solutions ou accords qui en découlent ne sopposent quaux deux parties qui ont pris part au processus. Cependant, bien que ce mode de règlement soit privé, il nen demeure pas moins quil tient compte de considérations collectives importantes.
En effet, la médiation et le règlement de conflits issus de la Charte des droits et libertés ont en commun davoir une grande appréhension du conflit et de faire entrer en ligne de compte les normes et les valeurs de la société.
Comme nous lavons dit, la médiation contextualise en ce quelle prend en considération toutes sortes dautres informations propres aux parties et appréhende le conflit dans sa globalité complexe. Nous avons aussi dit que les instances judiciaires traditionnelles ne prennent en considération que ce que la loi leur permet.
Avec lavènement de la Charte cependant, les tribunaux se sont vu donner, dans le libellé même de la Charte, le pouvoir, voire lobligation, de mettre le conflit en contexte :
[L]es tribunaux doivent disposer, dans le cadre des règles de droit et des principes fondamentaux du système juridique, des pouvoirs nécessaires pour donner une solution juste et équitable aux litiges dont ils sont saisis. Cette nécessité est encore plus manifeste dans le cadre du rôle dévolu aux tribunaux par la Charte canadienne des droits et libertés.
Contrairement aux lois étatiques, la Charte est libre de contenu normatif rigide et objectif et cela fait en sorte de permettre aux tribunaux qui lanalysent et la mettent en application de contextualiser le conflit. Cest là que se rejoignent les façons de transformer le droit de la médiation et de la Charte.
Cest dans linterprétation des textes qui donnent une place importante aux valeurs que le rôle créateur des tribunaux devient plus ample. Cest particulièrement le cas de la Charte canadienne des droits et libertés, en raison des termes généraux utilisés pour désigner des concepts dont la portée est largement indéfinie
La médiation et le règlement de différends issus de la Charte ont tous deux pour effet de faire prendre en compte plus dinformation, mais aussi un type dinformation qui autrement ne serait pas admissible dans les processus traditionnels de règlement des différends. Non pas que la médiation ait été une source dinspiration pour les tribunaux qui analysent la Charte, mais plutôt que lun et lautre sinfluencent indirectement en utilisant un processus à toute fin semblable.
Mais comment les tribunaux appréhendent-ils la norme sociale? Est-ce que la Charte permet davoir une vision juste de la culture et des valeurs de lépoque? Et les juges, quelle influence ont-ils sur le processus de règlement dun conflit?
Le processus décisionnel des juges est influencé par leurs idées et leurs valeurs, ainsi que par celles de la société, ce que lauteure Andrée Lajoie appelle des ´ contraintes ª. Elle affirme que ´ le juge, même en cette période postmoderne, peut encore le plus souvent choisir dans la sérénité [ ] dintroduire dans le droit les valeurs dominantes et décarter celles qui répugnent totalement à la majorité ª. Ce phénomène de surdétermination amènerait donc les juges à appliquer le droit en sappuyant sur les valeurs partagées par une majorité dindividus. En effet, toujours selon Lajoie :
[p]arce que le sens est donné à la norme par un interprète qui aborde cette tâche [linterprétation judiciaire] avec le bagage passé et présent de sa communauté de référence et que le caractère impératif du droit affecte les justiciables personnellement, le juge ne pourra pas intégrer dans le flou du texte des valeurs qui répugnent absolument à cette communauté .
Le juge, en interprétant la Charte, peut ainsi se trouver à transformer le droit. Linvalidation ou la modification dune loi suite à un procès constitutionnel aura nécessairement des impacts sociaux. Un contrôle de constitutionnalité est donc un processus normatif issu dun jugement de valeurs émis par le juge. Par conséquent le juge, par le biais de la Charte, transforme la normativité sociale en normativité juridique.
Dans la Charte, la formulation des articles laisse un grand pouvoir interprétatif au tribunal. Par exemple, lorsque la discrimination est en jeu, cela a pour conséquence de donner aux juges un certain pouvoir créateur :
´[l]es règles de droit ne fournissent pas nécessairement une seule solution possible et souhaitable pour chaque litige dont le tribunal est saisi. La part de subjectivité présente dans les décisions judiciaires fait en sorte que, pour un même litige, les juges peuvent avoir une appréciation différente de la façon dont les règles de droit permettent den disposer .
Vu sous cet angle, il peut donc y avoir plusieurs solutions différentes à un même litige, dépendamment des juges.
Quant au médiateur, son rôle est quelque peu différent. Contrairement au juge, et en tant quintervenant qui na pas à rendre jugement, le médiateur na pas à être neutre; cest le processus de médiation qui doit lêtre. Le médiateur doit quelques fois être interventionniste et stimuler les échanges entre les parties.
En médiation, chaque conflit est un cas despèce et la solution négociée par les parties ne vaut quentre celles-ci. Lélargissement de la notion de conflit na donc deffet quentre ces individus, doù la plus grande souplesse dans la prise en considération de leurs intérêts, besoins et valeurs. Par contre, en matière de droits et libertés de la personne, le processus judiciaire particulier en matière constitutionnelle incite le tribunal à faire preuve de prudence. En effet, un jugement rendu par un juge crée un précédent qui contribuera à lévolution de la Charte et qui est susceptible dinfluencer son interprétation future.
Tandis que la médiation revêt un caractère plutôt privé, la Charte, elle, a un caractère public. Quand une personne allègue quune disposition législative brime son droit à légalité garanti par la Charte, bien que, comme décrit plus haut, lon prenne en considération la situation et les caractéristiques personnelles de cette personne, le jugement risque davoir des impacts non seulement sur la personne en cause, mais sur la société en général. Si une loi est jugée inconstitutionnelle, à la suite dune contestation par un particulier, elle devient invalide et ses effets discriminatoires sur dautres personnes cesseront.
La Charte, qui est écrite en termes généraux et abstraits, requiert une interprétation large et libérale de la part des tribunaux. Il est difficile pour un non-initié de véritablement saisir la portée des termes utilisés par le législateur. Par ailleurs, étant donné le caractère public et social que revêt la Charte, elle doit recevoir une interprétation cohérente tout en étant évolutive, doù limportance de la jurisprudence. Les tribunaux, dans linterprétation quils font des droits et libertés de la personne en matière constitutionnelle, permettent aux justiciables davoir confiance en leur système de justice et de mieux connaître leurs droits et obligations. Sans jurisprudence, il serait impossible de faire évoluer la Charte comme il se doit, ce qui milite une fois de plus contre lintégration de la médiation dans des litiges constitutionnels.
CONCLUSION
De nos jours, les relations humaines se complexifient de plus en plus, ce qui entraîne inévitablement de nombreux litiges et malentendus de toutes sortes. Jusquà récemment, la solution la plus souvent envisagée était le recours aux tribunaux. Comme nous avons vu, les mécanismes de médiation se sont heureusement développés et offrent aux parties une plus grande flexibilité et personnalisent un peu plus le litige. La prise en compte de divers éléments propres à chaque partie contribue à cet élargissement de la notion de conflit dont nous avons traité, et qui se manifeste aussi dans le système judiciaire traditionnel en matière de Charte, tout spécialement à la Cour suprême du Canada.
Les deux processus décisionnels, la médiation et en ce qui concerne la Charte, ont des points en commun, mais aussi des différences majeures qui sembles irréconciliables. Il sera quand même intéressant, dans le futur, de voir si la médiation réussira à influencer les rigides tribunaux de droit commun. Nous croyons quune plus grande flexibilité quant aux règles de preuve pourrait rendre plus efficace le rôle des tribunaux, et permettrait aux parties de faire entendre leur point de vue dune façon plus complète, surtout en matière de droits et libertés où les enjeux sociaux sont importants. Le débat entre les droits individuels et collectifs est loin dêtre terminé, et beaucoup de réflexion reste à faire à propos dun possible rapprochement entre la médiation, à caractère privé, et tout ce qui touche à la société plus globalement, tels les droits et libertés protégés par la Charte et les litiges qui en découlent.
BIBLIOGRAPHIE
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